Gibraltar

L’Angleterre sous le soleil méditerranéen

Avec Gibraltar, c'est la première fois que je me sens loin de chez moi, en voyage. Autant les Baléares sont dans tous les récits de croisière estivales des marseillais, autant là j'ai l'impression d'être aller plus loin. Cela tient peut être au symbole que représente le fameux rocher, habité de ses singes, ou le fait que je sois aux portes de l'Atlantique que je m'apprête à traverser en solitaire...

Bonne année !

Le beau temps revenu, je quitte le petit port de Savina de bon matin, un vent medium me pousse vers Gibraltar tout une journée, puis une nuit, de la meilleure façon qu’il soit. Au petit matin, je sens que le voilier ne marche pas comme il faut. Un coup d’oeil à l’extérieur et je m’aperçois que le vent a tourné. Mais que diable se passe t’il ? Mon dernier fichier météo date d’à peine vingt quatre heures ! A cette allure je dois réduire la surface de toile, un ris dans la grande voile et changement de voile à l’avant car le vent continu de monter et lève une mauvaise mer. Le pilote automatique me lâche en pleine manœuvre, la journée commence bien ! J’amarre la barre le temps d’attraper le pilote de secours, manque de chance, le câble du vérin est trop court, je n’avais pas pris le soin de le tester dans la précipitation de la préparation. Je plonge au fond des rangements sous ma couchette chercher le matériel nécessaire, deux sucres et un mètre de câble supplémentaire, du gros adhésif pour rendre ce bricolage de fortune étanche. Vaut mieux avoir le cœur bien accroché pour jouer du tournevis assis au fond du voilier avec ces vagues, surtout que toutes ces occupations ne m’ont pas laissé le temps de petit déjeuner. En milieu de journée, je contact un cargo via la VHF afin de lui demander les dernières prévisions météo. La nuit de la Saint Sylvestre ne sera pas meilleure, je fais le point sur ce qu’il y a à ma porté comme escale pour le réveillon : Cartagène ! J’arrive à la fermeture de la capitainerie, cela n’empêche que je suis très bien accueillit, la marina est nickelle, pas chère du tout. Le temps de me prendre une bonne douche chaude, en dégustant foie gras et champagne de circonstance, puis je me réjouis de fêter le nouvel an avec les espagnols. Quelle surprise de ne trouver pas même un restaurant d’ouvert pour diner, tout est fermé, je ne croise que des gens sur leur trente et un, se dirigeant d’un pas décidé, je devine vers chez de la famille, vu les plats et bouteilles qu’ils transportent. Sur cet échec, je reviens au voilier, résigné. Je m’endors à moitié lorsque je suis réveillé par les premiers feux d’artifice, puis une soudaine clameur venue de la ville : les rues se sont remplies cinq minutes avant minuit, je ne vous raconte pas la fête qui suivie... Je n’ai pas tenu jusqu’au petit jour mais lorsque je mis le nez dehors à neuf heures, ça chantait et dansait toujours : moi qui avait peur que les espagnols ne fêtassent pas le nouvel an !

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Les côtes andalouses
Dernier bord à ras de la côte pour rejoindre Cartagène.
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Réveillon en Espagne
Quelle surprise de ne trouver pas même un restaurant d’ouvert, tout est fermé, les espagnols dînent en famille avant de sortir faire la fête.
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Une belle unité
De beaux voiliers sur le port, comme ce monocoque de rêve...
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Clara Campoamor
Impressionnant navire de recherche et secours en haute mer, j’espère n’avoir jamais besoin de ses services.

So british

Pas le temps pour la gueule de bois, je sors du port sous spi, bien décidé ce coup-ci à rejoindre Gibraltar. C’est un peu mou, j’essaye de rejoindre le centre de la mer d’Alboran où je suis sensé toucher de l’air. Les concurrents de la la Volvo Ocean Race partis la veille de Barcelone font de même, malheureusement ils n’émettent pas à l’AIS et je ne les vois pas me doubler. Je passe la première partie de la nuit au chaud dans ma couchette à regarder mes séries télé favorites, la télécommande du pilote automatique en main pour slalomer entre les cargos et pétroliers. L’écran de mon application de navigation ressemble à celui d’une Game Boy : le trafic est impressionnant dans cette zone et s’ajoute à cela des navires à l’arrêt. Mon amie officier de marine marchande m’apprendra qu’ils sont là en attente de contrat, cela reviens bien moins cher à l’armateur que de patienter à quai. A minuit, j’arrive dans la dorsale de vent d’est, je décide alors d’envoyer le spi. Je descend me faire un café, le spi en profite pour se lover autour du génois enroulé. Manque de pot, je n’ai pas verrouillé les écoutes et celui-ci commence à se dérouler à l’envers, emprisonnant le spi au passage dans ses écoutes. C’est un carnage ! J’enfile mon baudrier et je contact un cargo dont je vais inévitablement couper la route, pour lui expliquer que je dois monter en haut du mat et qu’étant en solitaire je ne pourrai manoeuvrer pour l’éviter. À minuit et demi, j’arrive en haut du mat pour libérer la drisse puis récupère mon spi en redescendant. Depuis mon perchoir, j’aperçois une escorte de dauphins, comme si ils étaient venu m’encourager, j’avoue que j’en ai bien besoin car la nuit est froide et les vagues me balancent de bord en bord. De retour sur le pont, je constate que ma voile est quasiment intacte, revigoré par ce miracle, je la renvoie sans tarder, même pas peur ! S’en suit vingt heures de spi, en majeure partie à la barre car le vent est irrégulier d’où le précédent crash. Au coucher du soleil d’aperçoit l’avant dernier de la Volvo Ocean Race sur mon bâbord, j’affale et contourne le rocher de Gibraltar pour rejoindre la Linea de la Conception, la ville côté espagnole. Il y a des navires de partout, là encore, l’AIS est une aide formidable pour distinguer ceux qui avancent, ceux qui reculent ou ne bougent pas, ainsi que les pilotines lancées à trente nœuds sur cet échiquier. Très bon accueil à la marina Alcadeissa, j’y resterai quelques jours le temps de me refaire une santé avant le grand saut dans l’Atlantique. La vue depuis le voilier est génial, je prends mes repas dans le cockpit avec vue sur le rocher. J’en profite pour visiter cet étonnant bout d’Angleterre sous le soleil de la Méditerranée. La frontière est marquée par la piste de l’aéroport, on la traverse pour rejoindre le pied du roc. La falaise est impressionnante, percée de toute part pour abriter des installations militaires intéressantes à visiter. J’embarque dans le téléphérique avec ma trottinette pour une folle descente, ce qui ne manquera pas d’amuser les fameux singes. De retour au niveau de la mer, je passe une agréable soirée au pub so british de l’amiral Nelson, sans me vanter de ma nationalité français, des fois qu’ils aient la rancune tenace !

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Escale à Gibraltar
La vue depuis le voilier est génial, je prends mes repas dans le cockpit avec vue sur le rocher.
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Le spi quand ça marche
Je travail sur l’ordinateur à la table à carte, la télécommande du pilote à la main, surveillant l’oreille par les plexi.
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Sommets enneigés
Je longe les côtes du sud de l’Espagne et ses montagnes blanchies.
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AIS, un jeu Game Boy
Le trafic est impressionnant dans cette zone et s’ajoute à cela des navires à l’arrêt.
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Spi et dauphins
Une escorte agréable pour me soutenir pendant les longues heures à la barre.
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Volvo Ocean Race
Au coucher du soleil d’aperçoit l’avant dernier de la Volvo Ocean Race sur mon bâbord.
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Coucher du soleil sur Gibraltar
J’affale le spi et contourne le rocher pour rejoindre la Linea de la Conception, la ville côté espagnole.
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Busy Gibraltar
Il y a des navires de partout : ceux qui avancent, ceux qui reculent ou ne bougent pas, ainsi que les pilotines lancées à 30 nœuds.
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Il y a la frontière
La frontière est marquée par la piste de l’aéroport, on la traverse pour rejoindre le pied du roc.
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