Transatlantique

Ma première transatlantique à la voile, en solitaire

Me voici à pied d'œuvre d'un rêve de gosse, traverser l'Atlantique à la voile, en solitaire. C'est un véritable parachutage, car rien ne présageait, il y a encore 2 mois auparavant, une telle aventure. Je m'y suis préparé comme un robot, sans avoir le temps de réfléchir au côté sentimentale de la chose. C'est ainsi que la sensation au moment de larguer les amarres fut indescriptible, je vous laisse l'imaginer. La transatlantique est ensuite une longue cavalcade entre l'hiver et l'été, où l'on recule sa montre d'une heure de jours en jours. C'est un voyage initiatique qui ouvre le monde du grande large.

Disponible en iBook Pour une meilleure lecture sur iPad, iPhone et Mac, gratuit sur l’iBook Store !

Comme si de rien n’était

Le trois février, je largue les amarres à la tombé de la nuit et glisse doucement jusqu’au quai à carburant de la marina de Porto Callero. Tout est calme, à bord j’exécute les manœuvres calmement, rien ne laisse présager que je m’apprête à traverser à la voile, en solitaire, l’océan Atlantique pour la première fois. Les voiles sont hissées, mon voilier file à toute allure dans la nuit. Je téléphone à mes parents pour leur annoncer le départ, en surveillant les navires de pêche aux alentours. La communication doit être digne d’un direct de la Route du Rhum car je suis concentré sur un empannage et essoufflé par le réglage des voiles. Dans le canal entre Lanzarote et Furteventura, je me tire la bourre avec un grand voilier dont j’aperçois les voiles à la lueur de la lune.

JPEG - 238.5 ko
Départ au clair de lune
Tout est calme à bord, rien ne laisse présager que je m’apprête à traverser à la voile, en solitaire, l’océan Atlantique pour la première fois.

Rêveries océaniques

Au petit matin, les Canaries sont dans mon sillage, je réduis la surface de voile maintenant que je suis dégagé de l’archipel et prend mon rythme de croisière. Plusieurs fois par jour, je fais le point sur la météo et ma progression vis-à-vis de la route que j’ai défini avec le logiciel de routage. À ce propos, ma conquête de l’ouest commence par une descente effrénée plein sud, le long de la côte africaine. C’est ici qu’il y a du vent, je dois même me rapprocher d’avantage, ce qui me donne l’occasion d’en étudier en détail les cartes marines. Cela se révélera être une de mes grandes occupation durant cette transatlantique, inspiré par la lecture de la Prose du Transibérien et de la petite Jeanne de France, lue par Bernard Lavilliers à la fin de son album Baron Samedi :

« J’ai commencé par la côte africaine dont je longeais l’ouest. Dakar, Conakry, je ne savais point au juste pourquoi ces lieux me fascinaient tant. Du premier, je me souvins qu’elle était l’arrivée du rallye raid qui animait mes janvier juvéniles. Il y avait aussi ces souvenirs de vacances rapportés par mes amis, leurs photos de pirogues multicolores, d’étals aux poissons. Du second, je chercha longtemps, en vain, autre chose qu’un haut lieu de la fièvre ebola, où devait se rendre un camarade d’escalade pour y bâtir un centre humanitaire. Je pourrais désormais vous décrire l’agencement des quais, la complexité des chenaux de bien de destinations exotiques. Il y avait aussi ces mystérieux fleuves balisés de rouges et de vertes, semblant venir de nul part. Ces documents ne s’embarrassent guère de ce qui n’est pas utile à la navigation, aussi ce continent semblait plus sombre qu’il ne l’était pour que marins aient une raison de s’y aventurer au cœur. C’est dragué pour les gros barlus, il y a des "pilot boarding place" et même des zones de mouillage dégagées de long en long. J’en ai repéré en Amérique du Sud, je ne sais pas comment, mais j’irai un jour goûter à ces voyages qui doivent être encore de la trempe d’un transsibérien d’antan. Puis, vint les oasis que sont ces îles au milieu des océans les plus vastes. Mais que diable s’y trame t’il ? Il y en a des connues comme Tristan Da Cunha, encore que je me demande comment j’ai conscience de son existence si ce n’est par le Vendée Globe ou Talhassa. Mise à part les réserves naturelles, toutes disposent de mouillages, de balisage, de terminaux pour cargos et tankers tout cela pour de si petites "urban aera". Le luxe est une piste d’aviation, aucune n’a de port à proprement parler et je me demande comment font les navires les jours de mauvais temps ? Font-ils tout simplement le tour de l’île comme je fais le tour du Frioul pour m’abriter à chaque renverse ? Je me passionne pour les alignements "rear/front" aux couleurs "unknown", les "recommended track" aux "leading linebearing" de tant de degrés et autres pictogrammes inconnus. J’imagine les procédures et manœuvres, je ne peux combler ma soif de connaître la signification de tout ce balisage, j’aimerais tellement pouvoir saouler de questions mon amie officier de marine marchande. Je m’endors rassuré, ce ne sont pas les objectifs de voyages qui manquent sur la planète bleue, mais que me manque t’il ici me diriez-vous ? »

JPEG - 175.2 ko
Premier jour de traversée de l’Atlantique
Les dauphins des Canaries sont venu me souhaiter bonne route !

Détour par le Cap Vert

J’atteins en quelques jours la position que je m’étais fixé pour prendre une décision capitale. Je charge donc mon premier gros fichier météo par téléphone satellite, un exercice pas évident. Le verdict est clair, je dois passer par le Cap Vert car il n’y a pas de vent sur la route directe plus au Nord. Le détour est énorme mais je préfère avancer à la voile plutôt qu’épuiser mes réserves de gasoil. Je flirt d’ailleurs avec cette zone de calme, le rythme ralenti quelque peu et je sors le spi pour ne pas être trop en retard afin accrocher la bonne fenêtre météo au passage du Cap Vert. Lorsque mon routage affiné m’entraîne carrément au sud de l’archipel, la tentation de faire un détour par Dakar est grande, je n’en suis qu’à cent milles nautiques.

JPEG - 280.5 ko
Vie à bord en transatlantique
Carpaccio de boeuf, vin rouge, pâtes au pesto, vive l’avitaillement en Espagne !
JPEG - 222.7 ko
Repas au piquet
Je prend mes repas ma gamelle coincée face à l’épontille, la bouteille de rouge dans le bar de la table du carré !
JPEG - 234.2 ko
Le booster
Je flirt avec une zone de calme, le rythme ralenti quelque peu alors je sors le spi pour ne pas être trop en retard afin accrocher la bonne fenêtre météo au passage du Cap Vert.
JPEG - 213.4 ko
Coucher du soleil sous spi
Il est temps de ranger le spi, ce sont des moments magiques que je clôture par une bière... rituel de la vie au large !
JPEG - 251.1 ko
Atelier réparations voilerie
Il risque d’y avoir plus d’adhésif que de tissu à la fin de la traversée de l’Atlantique...

Un petit bout d’Afrique

J’arrive finalement à enrouler d’assez proche Santiago, l’île la plus au sud. J’essaye alors de récupérer un gros fichier météo via GSM, très mauvaise idée. Tous les services en arrière plan de mon smartphone prennent le dessus sur le téléchargement et bloquent en moins d’une minute mon forfait data à l’étranger, cinquante euros hors forfait ! Je sais pourtant très bien comment cela fonctionne.... De la colère, je décide de me dérouter à Praïa pour trouver une connexion wifi. Le temps d’une après-midi, je fais la connaissance de ce bout d’Afrique. À peine un pied à terre, un gars me prend en charge, c’est lui qui s’occupera de moi pour tout ce dont j’aurai besoin : eau, gasoil, taxi, surveiller l’annexe et voilier. Payé d’avance, pour l’avitaillement et « sa part ». En ville c’est un patchwork incroyable : femmes portant diverses charges sur la tête, rasta, accros du tuning lustrant leurs Renault 21, militaires, vendeurs à la sauvette... Je me suis arrêté dans un café, les serveuses ne parlant que portugais, c’est un élégant client qui m’a fait la traduction en français et anglais. Il m’indique sur son iPhone où aller me connecter en wifi. Lui détient une entreprise de papier peint, bref le contraste avec le bidon ville des pêcheurs et marchands en tout genre de la zone portuaire est élevé ! Il m’a payé ma bière et de espèces de friands locaux dont j’ai oublié le nom, classe ! Mise à part une petite embrouille au retour à la "station services" de laquelle George avait disparu, ça c’est bien passé mais je ne me sens pas encore mûr pour y demeurer plus longtemps seul.

JPEG - 204.5 ko
Pavillon de courtoisie du Cap Vert
Je l’ai embarqué en pensant ne pas m’en servir, je suis finalement heureux de l’envoyer en écoutant du Cesaria Évora.
JPEG - 176.2 ko
Santiago
J’arrive finalement à enrouler d’assez proche Santiago, l’île la plus au sud.
JPEG - 227.9 ko
Praïa
Je me déroute à Praïa pour trouver une connexion wifi. Le temps d’une après-midi, je fais la connaissance de ce bout d’Afrique.
JPEG - 341.5 ko
Africa
En ville c’est un patchwork incroyable : femmes portant diverses charges sur la tête, rasta, accros du tuning lustrant leurs Renault 21, militaires, vendeurs à la sauvette...

L’enrouleur gate

J’hisse les voiles juste avant le coucher du soleil pour filer vers l’ouest une bonne fois pour toute. Au détail près que le vent est hyper irrégulier, une nuit de manœuvres... Dans la matinée, hors influence insulaire, je retrouve enfin mon rythme océanique. Une douche même, mi eau salée mi eau douce, quel bonheur ces choses simples ! En plus de sentir meilleur, elle me permet de me rendre compte en séchant au soleil sur la plage avant, que le profil d’enrouleur est désemmanché à mi hauteur, une amorce de déchirure à commencé à endommager la ralingue de mon génois. Je termine donc la journée par une rocambolesque escalade le long d’un câble déversant pour aller diagnostiquer le problème... Pas réparable en mer, dur verdict pour un élément si utile.

JPEG - 204.5 ko
Une après-midi au Cap Vert
J’hisse les voiles juste avant le coucher du soleil pour filer vers les Antilles.
JPEG - 277.8 ko
Volcan dans la brume
Tableau extraordinaire au détail près que le vent est hyper irrégulier, une nuit de manœuvres...
JPEG - 210.1 ko
Plein ouest
Point besoin de boussole, il suffit d’aligner ce cargo et le soleil couchant...
JPEG - 237.5 ko
Relief cap verdien
J’ai comme une envie de revenir explorer ces jolies formes...
JPEG - 233.9 ko
Slalom entre les volcans
Nuages de toutes les formes, vent dans toutes les directions, dans la nuit de fais un véritable slalom entre les îles du Cap Vert.
JPEG - 226.1 ko
Retour au calme
Dans la matinée, après une nuit mouvementée, je retrouve enfin mon rythme océanique.
JPEG - 221.1 ko
À la douche
Une douche même, mi eau salée mi eau douce, quel bonheur ces choses simples !
JPEG - 174.3 ko
L’enrouleur gate
L’enrouleur a été endommagé durant la nuit, je termine la journée par une rocambolesque escalade le long d’un câble déversant...

Mon premier grain océanique

Je suis tiré de ma grasse matinée par une étrange sensation. Comme si j’avais ressenti l’électricité dans l’air, je sors de mon lit douillet pour trouver un ciel plus noir que jamais à cette heure avancée. J’ai une immense barrière orageuse devant et une seconde derrière, à vraie dire je ne sais pas comment je me suis retrouvé là ! La situation peut dégénérer d’une minute à l’autre et je ne sais pas trop quoi faire, c’est la première fois que je vois quelque chose de pareil. Je suis à tel point désemparé qu’après avoir réduit la surface de toile et lancé le voilier dans une tentative de fuite au travers, je descend fouiller dans ma bibliothèque ! Le cours des Glénans parle de connexion électrique entre le mat et la quille pour laisser s’évacuer la foudre. Après vérification, je n’ai pas ça d’apparent, j’espère que c’est intégré à mon épontille. Ils ne sont d’ailleurs pas fans de la chaîne de mouillage à faire tremper dans l’eau le long de la coque, ça tombe bien, moi non plus ! Par contre il est préconisé de tout débrancher, chose qui ne m’enchante guère. Il est dit qu’un orage se déplace deux fois plus vite et de vingt degrés de plus sur la droite que le vent de surface qui me permettrait de m’échapper. Information rassurante : contrairement aux croyances collectives, la probabilité que la foudre atteigne le mat est faible... J’essaye de faire comme si c’était la seule information à retenir, mais je passe tout de même la matinée à faire des bord de travers pour tenter de me dégager de leurs trajectoires : courageux mais pas téméraire !

JPEG - 243.5 ko
Puit de lumière
Entre deux grains, le soleil perce à travers les nuages.

Allure de croisière

Le quotidien c’est cent cinquante miles nautiques par jour, entre six et sept nœuds de moyenne sur vingt quatre heures avec un maximum de sept nœuds et demi pour les journées les plus rapides. Le plus souvent, je suis sous génois seul, je change pour la voile de brise quand j’attend du vent au dessus de vingt cinq nœuds. Le matin, je reste au lit assez tard car il n’est pas rare que dans la nuit je me réveil pour regarder un épisode ou deux de mes séries préférées après avoir vérifié que tout va bien sur le pont. L’après-midi, je me défoule en envoyant un peu plus de toile et en prenant la barre plusieurs heures d’affilé. Le dilemme c’est que sans grande voile c’est parfois un peu mou, comprendre moins de dix nœuds entre les surfs, alors qu’avec je n’arrive pas à descendre assez sous le vent pour faire une route directe. Quelques degrés de trop tribord amure sur deux milles miles et je me retrouverais vite à New York sans les deux empannages quasi quotidiens que cela m’impose ! Il y a la solution d’envoyer le spi, avec lequel je peux friser le plein vent arrière, faut-il encore que les conditions soient maniables et alors là bonjour les longs surfs endiablés. Malgré tout mes efforts, dont mon nouveau mantra "angle de barre zéro, angle de barre zéro", c’est Toto, le pilote Toto, qui pulvérise les scores. Bien au chaud sous ma couette, une nuit sous génois seul, je sens le voilier partir dans un surf plus long qu’à l’accoutumé, tout vibre, je switch entre mon film et le logiciel de navigation pour découvrir le nouveau record du Faroubavoile : dix sept nœuds quatre !

JPEG - 135.9 ko
Mid Atlantic
J’y suis, en plein milieu de l’Atlantique !
JPEG - 268.5 ko
Les après-midi à la barre
L’après-midi, je me défoule en envoyant un peu plus de toile et en prenant la barre plusieurs heures d’affilé.
JPEG - 198 ko
Un express pour les Antilles
Le quotidien c’est cent cinquante miles nautiques par jour, entre six et sept nœuds de moyenne sur vingt quatre heures avec un maximum de sept nœuds et demi pour les journées les plus rapides.
JPEG - 251.3 ko
Angle de barre zéro
Pour tenter de battre mes records, mon nouveau mantra est "angle de barre zéro, angle de barre zéro".

Rencontre avec deux baleines

Une de ces fin d’après-midi à la barre, je rêvasse au soleil couchant en me laissant glisser sous spi, proche du vent de travers, lorsque je suis dérangé par une mauvaise odeur. Je vais vérifier la poubelle du bord, rien d’anormal, dans les coffres à l’arrière celles stockées ne dégagent pas précisément le parfum qui m’a perturbé. Qu’à cela ne tienne, cela ne m’empêchera pas de profiter de ce moment idyllique. Soudain, deux énormes masses font surface environ cinq mètres par mon travers tribord : une baleine et son baleineau me foncent dessus ! Sous spi, je ne peux guère manoeuvrer rapidement pour modifier ma trajectoire sans risquer d’empirer la situation. Je reste alors figé, dans ces secondes qui paraissent suspendues, le voilier glisse et sans un bruit les deux cétacés replongent.

JPEG - 317.5 ko
Deux baleines sous spi
Une de ces fin d’après-midi à la barre, je me laisse glisser sous spi, lorsque je croise deux baleines !

Gros crash sous spi

Au programme de la journée, une grosse opportunité pour engranger des milles. Je me réveil de bonne heure pour prendre un petit déjeuner de guerrier, prépare le petit spi car ça souffle finalement pas mal. Problème à l’envoi, opération avortée. Deuxième essai, la toile se prend dans le balcon, le résultat est sans appel, une grande déchirure en plein milieu. Je ne baisse pas pour autant les bras et sors le grand spi, troisième envoi de spi d’affilé. Cela aurait déjà été sportif avec le premier, avec le grand c’est carrément limite, je dois rester à la barre. Le manque de lucidité dû à la fatigue, le choix de viser le plein vent arrière, les sargasses qui perturbent le safran, c’est une accumulation de facteurs à risques que je n’ai su déjouer et qui aboutit à... un empannage chinois ! Le voilier se couche, la bôme passe violemment d’un bord à l’autre. Je m’agrippe aux filières d’une main et de l’autre libère le bras, la drisse et l’écoute du spi qui nous maintient dans cette position périlleuse en claquant à l’horizontale au bout du mât. Je parviens à retenir l’ensemble une fois la toile en mode chalut, puis même à la ramener à bord, un miracle. Il était temps de redresser le voilier, eau et sargasses se sont allégrement engouffrés par la descente. Le gros de l’alerte passé, mes jambes me lâchent, toute la peur que je n’ai pas ressentit dans le feu de l’action passe dans mes veines tel un poison fulgurant. Deux heures à quatre pattes au fond du voilier pour vider les fonds, rincer ce qui a baigné dans l’eau salée et dormir l’après-midi entière sous voilure réduite au lieux de gagner un jour de traversée...

JPEG - 461.1 ko
Gros crash sous spi
Le voilier se couche, je m’agrippe aux filières d’une main et de l’autre tente de manoeuvre pendant un quart d’heure pour récupérer l’ensemble.
JPEG - 124.5 ko
Les sargasses
Particulièrement cette année, les sargasses envahissent l’Atlantique et viennent inhiber la direction du voilier.
JPEG - 383.7 ko
Séchage du spi
Deux heures à quatre pattes au fond du voilier pour vider les fonds, rincer ce qui a baigné dans l’eau salée et dormir l’après-midi entière sous voilure réduite au lieux de gagner un jour de traversée...

Ça sent l’écurie...

Après ce gros avertissement, je prend la décision de lever le pied d’autant plus que je suis dans les temps. Sans l’excitation de cravacher le voilier, je commence à trouver le temps long. C’est surtout dû au fait que je suis parti avec l’idée un peu optimiste de faire une route quasiment directe en une quinzaine de jours depuis les Canaries. Le détour par le Cap Vert rallonge quasiment de milles miles nautiques ! Je rêve de cocktails et de langoustes sur des plages paradisiaques, alors que mes repas deviennent de moins en moins variés. Ne pouvant pêcher à cause des sargasses, mes deux cadis d’avitaillement d’Arrecife font grise mine. Mes sacs de riz ont du mal à passer nature tous les jours. Pire, je crois que je deviens dépendant aux cup noddles, je me réveil en état de manque à minuit !

JPEG - 236.8 ko
En roue libre
Je réduis la prise de risque en levant le pied les derniers jours, d’autant plus que je suis dans les temps.

La double !

Les derniers jours, je tire un long bord et passer à proximité de la Barbade. Surprenante rencontre avec un minuscule bateau de pêcheur que j’ai vu, par le plus grand des hasards, me couper la route dans la houle deux fois plus haute que lui. Ultime grand empannage à une dizaine de milles des Grenadines. Sur mon tribord défile le relief de ces îles, dont je rêve maintenant jour et nuit, jusqu’à un sommet plus haut au dessus de la brume : Grenade ! Je touche au but, dans quelques heures j’aurai mené à bien ma première transatlantique à la voile, en solitaire, sur mon voilier de trente deux pieds et trente deux ans. À bord, c’est la fête, je pousse la musique à fond et me sers un bon verre de rhum : la double pour celui qui voit la terre en premier, c’est la tradition.

JPEG - 225 ko
Terre !
Sur mon tribord défile le relief des Grenadines, dont je rêve maintenant jour et nuit, jusqu’à un sommet plus haut au dessus de la brume : Grenade !

Approche musclée

Il ne faut pour autant pas relâcher l’attention, il reste à glisser le long de la côte Est puis à enrouler la pointe Sud pour rejoindre Saint Georges. L’atterrissage se fera de nuit qui plus est. Comme redouté, les grains de fin de journée frappe l’île et le vent souffle jusqu’à trente nœuds dans les rafales. Entre deux empannages je réduis la grande voile, encore un gros effort à faire pour cela lorsqu’il faut se mettre face à l’énorme houle afin de prendre deux ris. Le spectacle est néanmoins à la hauteur des difficultés, le voilier surf à des vitesses délirantes et je dois garder un œil sur la carte car les récifs s’approchent rapidement. Je n’ai plus l’habitude de la navigation relative !

En franchissant la pointe, les feux d’atterrissage de l’aéroport me semblent bien près. Sur le moment ça me rappel ma leçon de pilotage avec mon ami Guillaume, mais lorsque que d’un peu plus loin je vois un avion débouler, je me dis qu’il ne serait pas passé loin au dessus de mon mat... Sous le vent, c’est plus calme, je renvoi de la toile pour remonter jusqu’à Saint George. J’entre dans le port, m’amarre au quai à carburant du Yacht Club, ça y est c’est fait, 16 jours depuis le Cap Vert ! Je ne traine pas pour commander mon premier rhum punch, qui restera le meilleur. Je pars ensuite de dégourdir les jambes en faisant le tour du port, visitant quelques bars et je fini la soirée à boire des coups avec Bob, un anglais habitué des lieux qui me propose de me faire visiter l’île le lendemain.


Vidéo

Le mot de passe est "faroubatlantique2015" !

Partager cet article